{"id":654,"date":"2017-01-02T16:43:06","date_gmt":"2017-01-02T15:43:06","guid":{"rendered":"http:\/\/c2031720.ferozo.com\/?page_id=654"},"modified":"2024-11-25T00:50:20","modified_gmt":"2024-11-24T23:50:20","slug":"intervencion-de-jean-claude-aguerre-sur-le-livre-de-paul-laurent-assoun-tuer-la-mort-le-desir-revolutionnaire","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/psychanalyse-et-transferts-culturels.com\/es\/psicoanalisis\/articulos\/intervencion-de-jean-claude-aguerre-sur-le-livre-de-paul-laurent-assoun-tuer-la-mort-le-desir-revolutionnaire\/","title":{"rendered":"intervencion de Jean Claude Aguerre sur le livre de Paul Laurent Assoun &#8220;Tuer la mort-le d\u00e9sir r\u00e9volutionnaire&#8221;"},"content":{"rendered":"<p>PSYCHANALYSE ET TRANFERTS CULTURELS<\/p>\n<p>LECTURE DE TUER LE MORT DE PAUL-LAURENT ASSOUN<\/p>\n<p>JEAN-CLAUDE AGUERRE<\/p>\n<p>Paul Laurent Assoun interroge un objet de l\u2019histoire. Objet, ici,  suffisamment \u00e9nigmatique pour qu\u2019il m\u00e9rite d\u2019\u00eatre interrog\u00e9 par un psychanalyste. A se plonger dans le r\u00e9cit historique, la psychanalyse gagne en m\u00eame temps \u00e0 \u00e9prouver ses propres concepts qu\u2019\u00e0 donner un \u00e9clairage l\u00e0 o\u00f9 l\u2019historien ne peut que d\u00e9crire un r\u00e9cit factuel d\u2019un moment de la chronologie de l\u2019histoire, d\u2019en consid\u00e9rer la dimension philosophique et les r\u00e9sonnances politiques, sans atteindre l\u2019essence m\u00e9tapsychologique de l\u2019\u00e9v\u00e9nement. S\u2019il reste psychanalyste Paul Laurent Assoun s\u2019est fait aussi historien. A savoir qu\u2019il a \u00e9puis\u00e9 les biblioth\u00e8ques, pour en tirer les textes de premi\u00e8re main qui attestent des faits qu\u2019il va commenter. Le nombre de r\u00e9f\u00e9rences pr\u00e9sentes dans l\u2019ouvrage, permettent de dresser un tableau pr\u00e9cis de ces faits et nous permettent de consid\u00e9rer clairement un \u00e9pisode de l\u2019histoire, sans doute non inconnu des \u00e9rudits, mais relativement peu comment\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent.<br \/>\nPaul-Laurent Assoun nous indique que par d\u00e9cision de la Convention Nationale, en octobre 1793, la totalit\u00e9 des rois et reines inhum\u00e9s dans la basilique de Saint Denis, devaient \u00eatre exhum\u00e9s et jet\u00e9s aux chiens. Dans les mois qui suivirent, 170 tombes furent ainsi extraites des entrailles de la basilique. Tous les restes des d\u00e9funts depuis Dagobert, qui avaient trait \u00e0 la royaut\u00e9 furent jet\u00e9s \u00e0 la vindicte r\u00e9volutionnaire. D\u00e9capiter Louis XVI n\u2019aurait su prot\u00e9ger la r\u00e9publique des m\u00e9faits de la royaut\u00e9. Les corps des rois morts, \u00e9taient cens\u00e9s garder en eux quelque chose de l\u2019essence royale que le peuple ne pouvait supporter. Cet acharnement sur un cadavre, non pas rage hyst\u00e9rique de quelques exalt\u00e9s mais d\u00e9cision de la convention, d\u00e9cision d\u2019\u00e9tat,  soul\u00e8ve bien s\u00fbr nombre de questions. Sans doute est-il n\u00e9cessaire d\u2019interroger la perception du corps dans l\u2019histoire, principalement au XVIIIe si\u00e8cle, mais aussi et c\u2019est ce sur quoi va se pencher Paul-Laurent Assoun, la lecture m\u00e9tapsychologique que l\u2019on peut en faire.<br \/>\nEn ce qui concerne la perception du corps au XVIII, j\u2019avancerai quelques consid\u00e9rations en lien avec l\u2019id\u00e9e, invraisemblable en premi\u00e8re lecture, d\u2019effectuer des exactions sur un cadavre. L\u2019ancien r\u00e9gime ne laisse gu\u00e8re les morts tranquilles. Ainsi la condamnation : \u00ab \u00eatre pendu jusqu\u2019\u00e0 ce que mort s\u2019en suive \u00bb, n\u2019\u00e9tait pas la pire. Elle signifiait qu\u2019apr\u00e8s la mor la peine s\u2019arr\u00eatait et que le corps pouvait \u00eatre r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 par la famille et inhum\u00e9. Mais la norme \u00e9tait plut\u00f4t qu\u2019il devait rester pendu. La peine perdurait. Le gibet de Montfaucon, qui se situait pr\u00e9s de la place du colonel fabien, pouvait accueillir jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e8s d\u2019une centaine de pendus qui pourrissaient sur place. On y pendait \u00e9galement par les aisselles des condamn\u00e9s qui avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9capit\u00e9s. Des archers gardaient le lieu et emp\u00eachaient les familles de r\u00e9cup\u00e9rer le corps d\u2019un des leurs accroch\u00e9 \u00e0 la potence. Si, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, une famille arrivait \u00e0 subtiliser un corps et que les autorit\u00e9s le retrouvait, le corps \u00e9tait rependu. La punition ne s\u2019arr\u00eate pas avec la mort. Octave Mannoni dans sa pr\u00e9face \u00e0 un ouvrage de Pirsig, Trait\u00e9 du Zen et de l\u2019entretien des motocyclettes, qui eut un certain succ\u00e8s dans les ann\u00e9es 80, dit que le XIXe si\u00e8cle fut celui de la parano\u00efa. Je pense que le XVIIIe fut celui de l\u2019hyst\u00e9rie. D\u2019une part du fait des grandes \u00e9pid\u00e9mies convulsionnaires, Je pense aux convulsionnaires \u00ab paristes \u00bb de Saint M\u00e9dard, et aux convulsionnaires des C\u00e9vennes. Je dirai qu\u2019au XVIIIe, le corps entre en r\u00e9sistance. Les pr\u00e9dicateurs des C\u00e9vennes, en guerre contre les papistes, avant leurs pr\u00eaches, o\u00f9 ils exhortaient les camisards \u00e0 prendre les armes, d\u2019abord, entraient en convulsion, dans la description clinique qu\u2019en fera Charcot le si\u00e8cle suivant, puis offraient leur corps \u00e0 de multiples agressions qui le laissait indemne. Ils marchaient sur des braises, on les frappait de coups d\u2019\u00e9p\u00e9es, de lances, voire on leur tirait des balles de pistolet \u00e0 bout portant, aucune blessure ne leur \u00e9tait inflig\u00e9e. A Paris le diacre De Paris \u00e9tait r\u00e9put\u00e9 faire des miracles, il lui arrive de d\u00e9c\u00e9der et d\u2019\u00eatre inhum\u00e9 au cimeti\u00e8re Saint M\u00e9dar. Une foule se presse sur sa tombe et, comme les camisards, entre en convulsions charcoforme. Pourchass\u00e9s par l\u2019autorit\u00e9 royale, ils se retirent en diff\u00e9rents lieux et soignent tous les maux en provoquant les convulsions, en frappant les malades de coups de b\u00e2tons et de pierres et m\u00eame en les d\u00e9fenestrant. Les corps restaient indemnes de toutes ces exp\u00e9ditions, il r\u00e9siste.<br \/>\nPaul-Laurent Assoun fait une allusion au vampire et cite l\u2019ouvrage princeps en fran\u00e7ais, quoi que assez tardif, du r\u00e9v\u00e9rend p\u00e8re dom Calmet Rappelant que ce b\u00e9n\u00e9dictin appelait de fait les vampires des revenants en corps, par opposition aux fant\u00f4mes immat\u00e9riels. Mais de plus la caract\u00e9ristique de base des vampires, \u00e0 savoir les dents, l\u2019absence d\u2019image sp\u00e9culaire, l\u2019impossibilit\u00e9 de voir le jour, sont des inventions du romancier Bram Stocker. La caract\u00e9ristique de base du vampire, le sympt\u00f4me n\u00e9cessaire et suffisant, est un corps qui ne se d\u00e9compose pas. C\u2019\u00e9tait en Europe centrale l\u2019unique signe qui prouvait, lorsqu\u2019un cadavre \u00e9tait trouv\u00e9 non d\u00e9compos\u00e9, qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un vampire. Si il se trouvait qu\u2019un corps, inhum\u00e9 depuis pas plus d\u2019une semaine, \u00e9tait trouv\u00e9 intact dans sa tombe, on exhumait le cimeti\u00e8re entier et on br\u00fblait tous les corps, de peur que par contagion sous la terre le vampire primaire n\u2019engendre des m\u00e9tastases.<br \/>\nPour terminer avec cette analogie je citerai la description par les profanateurs du corps de Louis XV que Paul-Laurent Assoun rapporte dans son livre : \u00ab Ce corps retir\u00e9 du cercueil, bien envelopp\u00e9 de langes et de bandelettes, \u00e9tait tout entier frais et bien conserv\u00e9 ; la peau \u00e9tait blanche, le nez violet et les fesses rouges comme celles d\u2019un nouveau n\u00e9, et nageant dans une eau abondante form\u00e9e par la dissolution du sel marin dont on l\u2019avait enduit. \u00bb Cette description est litt\u00e9ralement celle que faisaient les chirurgiens charg\u00e9s par la commission du Duc de Richelieu (ne pas confondre avec le cardinal) envoy\u00e9 par le m\u00eame Louis XV en Europe centrale  pour expertiser des cadavres de vampires.<br \/>\nJe me permet ces autres ajouts historiques pour faire corps (c\u2019est absolument le cas de le dire) avec l\u2019interrogation que porte Paul-Laurent Assoun \u00e0 propos des exactions commises sur les morts.<br \/>\nDe fait, la d\u00e9cision de la Constitution d\u2019extraire tous les rois de France, les Reines et les nobles inhum\u00e9s \u00e0 Saint Denis a effectivement quelque chose d\u2019extraordinaire et on peut suivre Paul-Laurent Assoun dans l\u2019int\u00e9r\u00eat qu\u2019il y a port\u00e9. Je le cite : \u00ab Plut\u00f4t que de psalmodier le \u00abmeurtre du p\u00e8re \u00bb comme quelque article canonique du suppos\u00e9 freudisme, il s\u2019agit de le voir \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de ses enjeux et selon ses modalit\u00e9s singuli\u00e8res dans son actualit\u00e9 r\u00e9currente \u00bb.<br \/>\nSi l\u2019on pouvait penser que cet acte pouvait avoir une forme de vandalisme, \u00eatre le fait d\u2019une foule en col\u00e8re anim\u00e9e dans une identification hyst\u00e9rique, \u00e0 d\u00e9truire tout ce qui pouvait avoir lien \u00e0 la royaut\u00e9, en fait tout au contraire il rec\u00e8le une dimension compl\u00e8tement obsessionnelle. C\u2019est un acte programm\u00e9 et organis\u00e9. La profanation suit le code d\u2019une proc\u00e9dure administrative. C\u2019est le 31 juillet 1793 qu\u2019un certain Bertrand Bar\u00e8re, rapporteur du Comit\u00e9 de Salut Public devant la Convention Nationale, tient une plaidoirie o\u00f9 il d\u00e9nonce les \u00ab porte-septre\u00bb qui continuent \u00e0 d\u00e9fier les vivants \u00e0 partir de leurs mausol\u00e9es \u00bb. Il sera compos\u00e9e une commission, et on d\u00e9signera un commissaire charg\u00e9 de surveiller l\u2019exhumation. Il y eut ensuite un rapport dit rapport Poirrier, qui rappelle la date de la mort de chaque Roi, l\u2019\u00e2ge qu\u2019il avait \u00e0 ce moment et l\u2019\u00e9tat de d\u00e9composition o\u00f9 se trouvait chaque corps au moment des exhumations. Un budget est m\u00eame vot\u00e9 pour l\u2019op\u00e9ration, elle coutera 742 livres et 10 sols. Paul-Laurent Assoun note le contraste entre la neutralit\u00e9 du style et la port\u00e9e passionnelle du geste. Des arguments pratiques seront avanc\u00e9s : Argument \u00e9conomique : r\u00e9cup\u00e9ration des richesses et r\u00e9utilisation du plomb des cercueils pour faire des balles. Argument politique : destruction d\u2019un lieu de p\u00e8lerinage. Arguments, bien s\u00fbr totalement insuffisant. L\u2019acte est intimement contradictoire, il comporte une confusion fondamentale, je cite Paul-Laurent Assoun, entre la sacralit\u00e9 et le d\u00e9chet. Il n\u2019a de raison d\u2019\u00eatre que par sa volont\u00e9 profanatrice d\u2019o\u00f9 une d\u00e9sacralisation sans sacr\u00e9. Mais paradoxe donc, l\u2019acte profanatoire sacralise le corps des Rois. Le r\u00e9volutionnaire attribue au corps mort le reste de royaut\u00e9 qu\u2019il voulait voir dispara\u00eetre.<br \/>\nAlors, si les corps des Rois peuvent encore porter un reste de royaut\u00e9, c\u2019est la royaut\u00e9 en elle m\u00eame qui est coupable. En paraphrasant le colonel Custer, on ne peut m\u00eame pas dire qu\u2019un bon Roi est un Roi mort, l\u2019essence de la Royaut\u00e9 d\u00e9passe la personne propre. Paul-Laurent Assoun parle du postulat de Saint Just. Le Roi est coupable ex officio.  Lorsque le bourreau rapporte les derni\u00e8res paroles de Louis XVI \u00e0 savoir : \u00ab Je suis innocent \u00bb Je cite Paul-Laurent Assoun: \u00ab Alors m\u00eame qu\u2019on ne lui trouverait aucun chef d\u2019inculpation, et qu\u2019on lui fit cr\u00e9dit de sa sinc\u00e9rit\u00e9, comme sujet royal, il demeure une culpabilit\u00e9 vivante. \u00bb \u00ab Ce n\u2019est pas tel Roi injuste qui est en cause, mais l\u2019essence royale \u00bb. Et Paul-Laurent Assoun se rapproche de Kant en disant : \u00ab l\u2019\u00e9thique r\u00e9volutionnaire exige qu\u2019on l\u2019ex\u00e9cute au nom de l\u2019imp\u00e9ratif cat\u00e9gorique de l\u2019immoralit\u00e9 de l\u2019institution royale \u00bb. Or il semble que cette essence royale r\u00e9siste \u00e0 la guillotine.<br \/>\nUn bref rappel du livre La dimension cach\u00e9e, d\u2019Edward T. Hall, ce sociologue nous indique que lors de l\u2019\u00e9lection de Kennedy, alors que ce dernier \u00e9tait comprim\u00e9 dans la foule de son Q.G. de campagne, au moment de l\u2019annonce t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e de son \u00e9lection, un vide de deux m\u00e8tres c\u2019est fait autour de lui. Comme si quelque chose de la royaut\u00e9 l\u2019avait touch\u00e9.<br \/>\nLa profanation par les r\u00e9volutionnaires des tombes royales, atteste qu\u2019ils  attribuaient aux corps mort un reste de royaut\u00e9. Ainsi, ils ne r\u00e9cusaient pas le caract\u00e8re saint et v\u00e9n\u00e9rable des tombes royales. De fait, si cela avait \u00e9t\u00e9 le cas, ils n\u2019auraient eu aucune raison de les profaner. Les corps exhum\u00e9s, \u00e9taient donn\u00e9s en p\u00e2ture \u00e0 la foule. Paul-Laurent Assoun \u00e9voque Louis XIV \u00e9ventr\u00e9 et l\u2019\u00e9toupe qui remplissait les visc\u00e8res, dispers\u00e9e.  Par contre il note le fait remarquable que la foule s\u2019est accapar\u00e9e de morceaux de corps. Il rapporte l\u2019histoire d\u2019un homme qui aurait coup\u00e9 un morceau de la barbe d\u2019Henri IV et l\u2019aurait mise sur ses l\u00e8vres comme une moustache. D\u2019autres auraient enlev\u00e9 deux dents, un morceau de chemise. Comme si les corps royaux  auraient \u00e9t\u00e9 pris comme f\u00e9tiche par les r\u00e9volutionnaires. Des corps extraits, on a sur-extrait des fragments, qui ainsi se transforment en f\u00e9tiches ou en reliques. Paul-Laurent Assoun pr\u00e9cise : Le f\u00e9tichisme, terme invent\u00e9 peu avant par Charles des Brosses (1760) trouve dans cette conjoncture l\u2019un de ses  approvisionnements les plus spectaculaires.  Il cite alors Patrick G. Geary Le vol des reliques au moyen \u00e2ge, \u00ab Furta sacra \u00bb. Geary nous parle de l\u2019extraordinaire importance que prirent les reliques aux IXe et Xe si\u00e8cles : des morceaux des corps des Saints la plupart du temps vol\u00e9s. La relique avait d\u2019autant pas d\u2019importance qu\u2019elle \u00e9tait acquise par ce moyen. Le vol \u00e9tait devenu pour ce cas l\u00e9gitime. Or en d\u00e9robant les morceaux de corps aux Rois, les r\u00e9volutionnaires leur reconnaissaient une saintet\u00e9. G. Legaufey, dans un important travail qu\u2019il a fait sur les reliques, insiste sur une fonction de la relique qui est de faire des miracles. Il pr\u00e9cise que s\u2019il \u00e9tait constat\u00e9 que si elle n\u2019en faisait pas, elle \u00e9tait destitu\u00e9e comme relique. Paul-Laurent Assoun cite le voleur de la barbe d\u2019Henri IV qui apr\u00e8s s\u2019\u00eatre dot\u00e9 de cette barbe comme moustache dit : \u00ab maintenant je suis s\u00fbr de vaincre les ennemis de la France \u00bb. Il attribuait un pouvoir de miracle \u00e0 cette \u00ab moustache \u00bb et en faisait explicitement une relique. Paul-Laurent Assoun a beaucoup travaill\u00e9 sur le concept de f\u00e9tiche.  Une question que je lui poserai serait de nous parler de la distance entre le f\u00e9tiche et la relique. Je dirais : le f\u00e9tiche serait disons la\u00efque et la relique, en retour du refoul\u00e9, ram\u00e8nerait du c\u00f4t\u00e9 du religieux ?<br \/>\nA pr\u00e9lever F\u00e9tiche ou relique sur les cadavres Paul-Laurent Assoun \u00e9voque Bien s\u00fbr la fonction tot\u00e9mique qu\u2019accorde ainsi le r\u00e9volutionnaire aux corps royaux. Tuer le mort, ce qu\u2019explicitement pr\u00e9tend faire le r\u00e9volutionnaire,  revient \u00e0 le manger. Figurativement il s\u2019agit de Bouffer du Roi, comme on disait bouffer du cur\u00e9. Ainsi le profanateur est touch\u00e9 par le tabou. Freud aurait pu ins\u00e9rer l\u2019exemple de Saint Denis dans totem et tabou. Paul-Laurent Assoun d\u00e9veloppe dans un important chapitre Totem paternel et tabou des chefs anthropologie du corps royal, la fonction tot\u00e9mique attribu\u00e9e aux corps des rois. Pour ensuite consid\u00e9rer ce qu\u2019il en est de la haine et du d\u00e9sir r\u00e9volutionnaire. La haine, sentiment complexe et ce tout particuli\u00e8rement dans cet acte profanatoire, nous impose de nous rappeler qu\u2019au XVIIe si\u00e8cle l\u2019amour n\u2019avait pas pour oppos\u00e9 la haine mais l\u2019indiff\u00e9rence. L\u2019ignorance des corps des rois morts par les r\u00e9volutionnaires, aurait sans doute bien mieux confirm\u00e9 l\u2019oubli de la royaut\u00e9. Et l\u2019expression bouffer du Roi, pourrait engendrer la r\u00e9plique : quel amour ! Amour, c\u2019est moi qui apporte ce signifiant. Que penserais-tu Paul-Laurent Assoun d\u2019un retour de refoul\u00e9 de l\u2019amour du Roi sous forme de cette haine. Haine qui s\u2019attache \u00e0 la jouissance. Recherche de l\u2019objet de la jouissance royale. La toute jeune r\u00e9publique, r\u00e9clamant la seule jouissance des droits de l\u2019homme citoyen, je te cite : \u00ab se heurte \u00e0 cette jouissance obsc\u00e8ne des \u00ab porte-sceptres \u00bb \u00ab L\u2019intol\u00e9rable, c\u2019est que \u00e7a continue de jouir derri\u00e8re notre dos, et sous terre \u00e0 nos d\u00e9pens \u2026 \u00bb<br \/>\nDialectique de l\u2019objet de haine vs objet d\u2019amour. L\u2019hymne national chante : \u00ab qu\u2019un sang impur abreuve nos sillons \u00bb. C\u2019est le sang forc\u00e9ment impur du Roi qui va, abreuvant les sillons, faire germer le bl\u00e9 nouveau, qui donnera le pain au peuple.<br \/>\nAlors bien s\u00fbr dans cette organisation inconsciente, tu le remarques : derri\u00e8re la haine appara\u00eet une dimension inattendue et d\u00e9terminante, la dimension m\u00e9lancolique du crime. C\u2019est l\u2019apr\u00e8s coup m\u00e9lancolique du meurtre du p\u00e8re. Avec l\u2019identification des foules \u00e0 un id\u00e9al du moi : le p\u00e8re mort. L\u2019extraction des cadavres constituant la destruction  de cet id\u00e9al.<br \/>\nAlors pour terminer Paul-Laurent Assoun parle de la restauration. Du remord ? Avec Louis XVIII s\u2019op\u00e8re une tentative de rapatriement des restes royaux \u00e0 Saint Denis. On recherche des t\u00e9moins oculaires pour retrouver les restes des rois. Un marbrier, pr\u00e9sent lors des exhumations, avait \u00e9tabli la liste pr\u00e9cise des exhumations et leur transfert. Et le 21 janvier 1817 retour \u00e0 St Denis de ce que l\u2019on aura pu retrouver des restes. Louis XVI et Marie-Antoinette qui \u00e9chapp\u00e8rent \u00e0 la profanation du fait qu\u2019ils furent enterr\u00e9s au cimeti\u00e8re de la Madeleine, seront transf\u00e9r\u00e9s \u00e0 St Denis le 15 janvier 1815.<br \/>\nLes r\u00e9volutionnaires dans leur acte profanatoire ont donn\u00e9 de la saintet\u00e9 aux restes royaux qui du coup deviennent des restes divins. On peut en tirer des reliques, capables d\u2019op\u00e9rer des miracles. Alors, on peut se demander : Paul-Laurent Assoun ne fait pas seulement un travail d\u2019historien neutre, il s\u2019indigne. D\u2019habitude l\u2019historien ne s\u2019\u00e9meut gu\u00e8re de son objet d\u2019\u00e9tude, encore moins le psychanalyste. Ici Paul-Laurent Assoun ne cesse de s\u2019indigner des actes des profanateurs. On ne compte plus les points d\u2019exclamations qui suivent le r\u00e9cit des exactions. Paul-Laurent Assoun est entr\u00e9 corps et \u00e2me dans le r\u00e9cit historique. R\u00e9cemment, il est descendu aux enfers o\u00f9 il a pu c\u00f4toyer les m\u00e8res \u00e0 la recherche de Faust. Alors, l\u2019essence de la royaut\u00e9 que cherchaient, vainement, \u00e0 d\u00e9truire les r\u00e9volutionnaire, l\u2019a-t-elle touch\u00e9 ? Il est peut-\u00eatre dangereux de trop s\u2019approcher des reliques, du moins des restes de l\u2019histoire que nous offre les biblioth\u00e8ques. A lire son livre prenez garde, l\u2019\u00e9tendard sanglant est lev\u00e9.<\/p>\n<p>14 D\u00e9cembre 2016<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>PSYCHANALYSE ET TRANFERTS CULTURELS LECTURE DE TUER LE MORT DE PAUL-LAURENT ASSOUN JEAN-CLAUDE AGUERRE Paul Laurent Assoun interroge un objet de l\u2019histoire. 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