{"id":476,"date":"2015-01-31T15:46:31","date_gmt":"2015-01-31T14:46:31","guid":{"rendered":"http:\/\/c2031720.ferozo.com\/?page_id=476"},"modified":"2024-11-25T00:50:20","modified_gmt":"2024-11-24T23:50:20","slug":"ricard-hubert-commentaire-sur-lhypothese-du-marrane-de-marc-goldschmit","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/psychanalyse-et-transferts-culturels.com\/es\/psicoanalisis\/articulos\/ricard-hubert-commentaire-sur-lhypothese-du-marrane-de-marc-goldschmit\/","title":{"rendered":"Hubert Ricard &#8211; Commentaire sur L\u2019Hypoth\u00e8se du Marrane de Marc Goldschmit"},"content":{"rendered":"<p><strong>Introduction<\/strong><\/p>\n<p>La figure du Marrane, de celui qui r\u00e9pond \u00e0 la conversion forc\u00e9e par le maintien secret de sa foi et qui du coup risque sa vie est sans doute une belle figure. La traque \u00e0 laquelle l\u2019Inquisition soumet ces nouveaux chr\u00e9tiens, les supplices qui leur sont inflig\u00e9s quand ils sont convaincus d\u2019\u00eatre relaps, tout ceci manifeste ce que fut la violence du pouvoir chr\u00e9tien tant qu\u2019il a domin\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9 civile et qu\u2019on a trop tendance \u00e0 oublier aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Mais vous \u00e9largissez le sens du terme en lui donnant une valeur philosophique g\u00e9n\u00e9rale\u00a0: j\u2019en reste \u00e0 quelques formules<\/p>\n<p>Disjonction de l\u2019identit\u00e9 et de l\u2019appartenance\u00a0; ne pas faire un avec soi et avec le commun.<\/p>\n<p>Donc un individu qui maintient son ind\u00e9pendance et sa libert\u00e9 face \u00e0 une communaut\u00e9 qui tend \u00e0 l\u2019opprimer, ou sa libert\u00e9 de pens\u00e9e pour \u00e9voquer Spinoza face aux injonctions de la doxa, de la pens\u00e9e correcte ou des religions qui n\u2019ont pas beaucoup boug\u00e9 ou qui reviennent. Pour appr\u00e9cier la port\u00e9e de votre trajet\u00a0: je concentrerai mon propos sur la question du th\u00e9ologico-politique, que j\u2019aborderai \u00e0 partir de ce que vous dites de Spinoza auquel vous consacrez un chapitre, mais dont vous reprenez l\u2019examen ensuite dans au moins deux autres chapitres. Autrement dit le religieux, ce que vous appelez la teneur juive ou marrane de la pens\u00e9e de Spinoza, son attitude \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la loi divine, de l\u2019\u00e9lection et de l\u2019Ecriture , voire sa pens\u00e9e de l\u2019Eternit\u00e9\u00a0? Mais aussi du politique avec la s\u00e9paration qu\u2019il pr\u00f4ne de la th\u00e9ologie et de la philosophie, la question des guerres et sa pens\u00e9e de la d\u00e9mocratie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Spinoza<\/strong><\/p>\n<p>Votre lecture de Spinoza a la qualit\u00e9 de la bienveillance et de l\u2019ouverture \u2013 contrairement \u00e0 la lecture haineuse et d\u00e9lirante de Monsieur Milner. Mais elle ne va pas de soi et un certain nombre de points me paraissent tout \u00e0 fait contestables Il y a sans doute toute la question d\u2019une m\u00e9thode de lecture. Mais je dirai qu\u2019avant de situer selon votre expression \u00ab\u00a0l\u2019h\u00e9t\u00e9rodoxie de Spinoza par rapport \u00e0 lui-m\u00eame\u00a0\u00bb, il y a tout de m\u00eame \u00e0 saisir ce \u00ab\u00a0lui-m\u00eame\u00a0\u00bb, ou comme vous le dites vous-m\u00eame, lui laisser dire ce qu\u2019il pense.<\/p>\n<p>Vous \u00e9voquez l\u2019aspect marrane de la pens\u00e9e de Spinoza et donc implicitement de sa teneur proprement juive. mais je n\u2019ai pas \u00e9t\u00e9 vraiment convaincu\u00a0 par vos arguments qui la justifient, beaucoup de peut-\u00eatre,\u00a0 la r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 des tournures de pens\u00e9e mais aussi des consid\u00e9rations de contenu qui vont \u00e0 l\u2019encontre de ce que Spinoza \u00e9nonce, explicitement, et parfois implicitement. Je pr\u00e9cise d\u2019embl\u00e9e que votre dissociation du Trait\u00e9 th\u00e9ologico-politique et de l\u2019Ethique ne me semble pas avoir beaucoup de sens\u00a0: la 3\u00e8me et la 4\u00e8me partie de l\u2019Ethique donnent bien l\u2019armature th\u00e9orique du Trait\u00e9. Mais m\u00eame en restant au texte du Trait\u00e9 vos citations ne sont pas toujours pleinement convaincantes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>1\u2019 autorit\u00e9 de l\u2019Ecriture<\/p>\n<p>J\u2019en viens au premier \u00e9nonc\u00e9 que vous interpr\u00e9tez je crois de fa\u00e7on contestable: \u00ab\u00a0Je pense avoir confirm\u00e9 ma mani\u00e8re de voir par l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019Ecriture.\u00a0\u00bb et vous commentez en faisant remarquer qu\u2019elle ne peut provenir que d\u2019un \u00ab\u00a0juif fid\u00e8le.\u00a0\u00bb Or on ne peut dans un texte philosophique classique isoler un \u00e9nonc\u00e9 de son contexte, et Spinoza renvoie dans cet \u00e9nonc\u00e9 du\u00a0 chapitre 5 du Trait\u00e9 \u00e0 ce qu\u2019il vient de dire depuis le d\u00e9but du chapitre.<\/p>\n<p>Il y explique d\u2019embl\u00e9e la th\u00e8se qu\u2019il a d\u00e9velopp\u00e9e au chapitre pr\u00e9c\u00e9dent et qu\u2019il ne cesse de soutenir dans le Trait\u00e9 th\u00e9ologico-politique\u00a0: \u00ab\u00a0La loi divine, qui donne aux hommes la vraie b\u00e9atitude et leur enseigne la vie vraie est commune \u00e0 tous les hommes\u00a0\u00bb &#8211; ce qui prend le contrepied de l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00e9lection \u2013\u00a0; elle a \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0d\u00e9duite\u00a0\u00bb par Spinoza de la nature humaine, et elle est \u00ab inn\u00e9e\u00a0\u00e0 l\u2019\u00e2me humaine et comme \u00e9crite en elle.\u00bb &#8211; ce qui \u00e9carte toute id\u00e9e de r\u00e9v\u00e9lation historique. Au contraire les c\u00e9r\u00e9monies du culte que l\u2019on trouve dans l\u2019Ancien Testament \u00ab\u00a0n\u2019ont point trait \u00e0 la loi divine et ne contribuent en rien \u00e0 la b\u00e9atitude et \u00e0 la vertu mais concernent uniquement dit-il l\u2019\u00e9lection des H\u00e9breux, c\u2019est-\u00e0-dire\u2026 la seule f\u00e9licit\u00e9 temporelle des corps et la tranquillit\u00e9 de l\u2019Etat.\u00a0\u00bb C\u2019est cette th\u00e8se \u2013 qui justement oppose C\u00e9r\u00e9monies et Loi divine \u2013 qui doit \u00eatre confirm\u00e9e \u2026 par l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019Ecriture.<\/p>\n<p>Les premi\u00e8res citations concernent\u00a0 Isa\u00efe qui pr\u00f4ne la Loi divine et exclut sacrifices et f\u00eates et le Psalmiste \u00ab\u2026 ta loi est dans mes entrailles.\u00bb Spinoza leur oppose \u00ab\u00a0les cinq livres commun\u00e9ment attribu\u00e9s \u00e0 Mo\u00efse\u00a0\u00bb qui ne promettent que la f\u00e9licit\u00e9 temporelle ou des enseignements moraux adapt\u00e9s \u00e0 la compr\u00e9hension des seuls H\u00e9breux et \u00ab\u00a0se rapportant \u00e0 la seule utilit\u00e9 de leur Etat\u00a0\u00bb, n\u2019ayant donc plus gu\u00e8re de sens apr\u00e8s sa chute.<\/p>\n<p>Dans ce dernier cas on voit que l\u2019Ecriture n\u2019a pas d\u2019autorit\u00e9 en mati\u00e8re de loi divine universelle puisque de tels pr\u00e9ceptes ne concernent pas cette loi\u00a0; mais dans l\u2019autre cas celui des auteurs qui l\u2019expriment auxquels Spinoza ajoutera le Christ et les Ap\u00f4tres, l\u2019assentiment que l\u2019on donne aux \u00e9nonc\u00e9s vient de la Raison qui les choisit ou qui les lit dans le texte de l\u2019Ecriture\u00a0; et c\u2019est elle et non l\u2019Ecriture qui est la source de cet assentiment. On voit donc qu\u2019une des intentions fondamentales du Trait\u00e9 &#8211; s\u00e9parer la Raison et la Philosophie de la Th\u00e9ologie &#8211; c\u2019est bien exclure l\u2019autorit\u00e9 propre de l\u2019Ecriture du champ de la v\u00e9rit\u00e9 et de la loi divine.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Y aurait il tout de m\u00eame pour Spinoza un enseignement consistant de l\u2019Ecriture\u00a0? Vous notez que Spinoza condamne ceux qui accommodent l\u2019Ecriture aux \u00absp\u00e9culations platonicienne et aristot\u00e9licienne\u00a0\u00bb, comme il l\u2019indique dans la Pr\u00e9face\u00a0 en critiquant les \u00ab\u00a0orateurs d\u2019Eglise\u00bb, autrement dit les pasteurs chr\u00e9tiens. Mais l\u2019interpr\u00e9tation philosophique de l\u2019Ecriture est aussi le fait de Ma\u00efmonide, penseur aristot\u00e9licien mais d\u2019un juda\u00efsme irr\u00e9prochable, auquel Spinoza s\u2019en prendra avec vivacit\u00e9 dans la suite du Trait\u00e9. Ma\u00efmonide postule la rationalit\u00e9 du texte de l\u2019Ecriture et la v\u00e9rit\u00e9 de la R\u00e9v\u00e9lation. Ma\u00efmonide, pr\u00e9cise Spinoza, se r\u00e9jouit de l&#8217;impos\u00adsibilit\u00e9 de prouver l&#8217;\u00c9ternit\u00e9 du Monde par la Rai\u00adson, mais s&#8217;il en \u00e9tait autrement il n&#8217;h\u00e9siterait pas \u00e0 faire violence \u00e0 l&#8217;\u00c9criture. Absorber le texte dans la rationalit\u00e9 aristot\u00e9licienne, transformer d\u00e8s lors \u00e0 volont\u00e9 son sens litt\u00e9ral sous pr\u00e9texte de lui faire tenir le coup comme parole vraie, c&#8217;est plaquer sur lui une grille philosophique arbitraire, lui interdire de parler son propre langage.<\/p>\n<p>Mais ce ne sont pas seulement les philosophes qui ont rendu l\u2019Ecriture folle et d\u00e9raisonnable, elle l\u2019est d\u00e9j\u00e0 par elle m\u00eame avec les d\u00e9lires des proph\u00e8tes qui prennent leurs imaginations pour des r\u00e9v\u00e9lations, et qui manifestent une d\u00e9raison qui leur est propre.<\/p>\n<p>J\u2019ajoute que la Critique historique que vous voyez comme la cons\u00e9quence possible de cette purification du texte, ne peut faire de l\u2019Ecriture qu\u2019un texte absolument semblable aux autres. Il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9 et ne d\u00e9pend d\u2019aucune \u00ab\u00a0parole divine\u00a0\u00bb, et il n\u2019a aucun lien particulier avec le Dieu-Nature et doit \u00eatre soumis au syst\u00e8me des cau\u00adses naturelles.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019inanit\u00e9 de la r\u00e9v\u00e9lation proph\u00e9tique<\/p>\n<p>Un des points les plus frappants de l\u2019organisation du Trait\u00e9 th\u00e9ologico-politique consiste dans le contraste entre les deux premiers chapitres intitul\u00e9s respectivement De la Proph\u00e9tie et Des Proph\u00e8tes.<\/p>\n<p>Spinoza identifie, je dirais brutalement, d\u00e8s le d\u00e9but\u00a0 du premier chapitre Proph\u00e9tie et Connaissance naturelle. La Proph\u00e9tie est dite Connaissance r\u00e9v\u00e9l\u00e9e par Dieu mais au sens d\u2019une lumi\u00e8re naturelle commune \u00e0 tous les hommes\u00a0; elle est donc la Raison elle-m\u00eame, et elle rend parfaitement inutile l\u2019existence des Proph\u00e8tes pour ceux qui exercent leur Raison. Le Proph\u00e8te ne peut ensei\u00adgner la vraie Proph\u00e9tie, puisque les autres hommes peuvent la saisir aussi bien que lui, poss\u00e9dant une certitude \u00e9gale \u00e0 la sienne.<\/p>\n<p>Et le chapitre 2 nous assure d\u00e8s lors que les Proph\u00e8tes \u00ab\u00a0ont \u00e9t\u00e9 dou\u00e9s non d\u2019une pens\u00e9e plus parfaite, mais du pouvoir d\u2019imaginer avec plus de vivacit\u00e9\u2026\u00bb et plus loin dans le texte, que la Proph\u00e9tie &#8211; cette fois-ci au sens commun du terme \u2013 \u00ab\u00a0\u2026n\u2019a jamais accru la science des proph\u00e8tes, mais les a laiss\u00e9s dans leurs opinions pr\u00e9con\u00e7ues\u2026\u00a0\u00bb. Et on lit au chapitre 6 qui reprend ce chapitre 2 que \u00ab\u00a0les arguments d\u2019ordre proph\u00e9tique, ou, ce qui revient au m\u00eame, appuy\u00e9s sur une r\u00e9v\u00e9lation, ont pour point de d\u00e9part non des notions universelles ou communes, mais un simple accord entre des croyances qui peuvent \u00eatre absurdes\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>On con\u00e7oit d\u00e8s lors que le chapitre 12 puisse d\u00e9clarer\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Autre chose est de conna\u00eetre l\u2019Ecriture et la pens\u00e9e des Proph\u00e8tes, autre chose d\u2019entendre la pens\u00e9e de Dieu, c\u2019est-\u00e0-dire la V\u00e9rit\u00e9\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>J\u2019ajoute que la connaissance de la l\u2019h\u00e9breu originel donne surtout \u00e0 Spinoza un avantage sur ses \u00e9ventuels contradicteurs chr\u00e9tiens, qui ne le connaissent pas, et le terme h\u00e9breu qu\u2019il utilise (nabi pour proph\u00e8te qui veut dire orateur et interpr\u00e8te) ne renvoie pas \u00e0 l\u2019id\u00e9e de r\u00e9v\u00e9lation\u00a0; il n\u2019y a manifestement aucun privil\u00e8ge de la langue h\u00e9bra\u00efque pour l\u2019\u00e9nonciation de la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Reste Mo\u00efse dont Spinoza semble faire un cas \u00e0 part lorsqu\u2019il d\u00e9clare au chapitre premier\u00a0: \u00ab\u00a0Dieu a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00e0 Mo\u00efse par une parole r\u00e9ellement per\u00e7ue les lois qu\u2019il voulait qui fussent prescrites aux H\u00e9breux\u2026\u00bb Mais le chapitre 14 contient en fait une description de la mise en sc\u00e8ne utilis\u00e9e par Mo\u00efse pour subjuguer les H\u00e9breux avec les \u00ab\u00a0paroles adress\u00e9es par Dieu aux Isra\u00eblites du haut du Sina\u00ef\u00a0\u00bb. Comme on peut s\u2019en douter \u00ab\u00a0cette voix qu\u2019ils entendirent ne pouvait donner \u00e0 ces hommes aucune certitude philosophique, c\u2019est-\u00e0-dire math\u00e9matique, de l\u2019existence de Dieu\u00a0; elles suffisaient pourtant pour les ravir en admiration devant Dieu tel qu\u2019ils le connaissaient avant, et les d\u00e9terminer \u00e0 l\u2019ob\u00e9issance, ce qui \u00e9tait la fin de cette manifestation.\u00a0\u00bb Mo\u00eese a donc en r\u00e9alit\u00e9 profit\u00e9 de l&#8217;effet des ph\u00e9nom\u00e8nes naturels et de la cr\u00e9dulit\u00e9 de son peuple et il s\u2019est empar\u00e9 de son esprit, ce qui est pour Spinoza la pire des tyrannies. Et pour r\u00e9pondre \u00e0 la question de la source de la haine que vous posez, on peut trouver dans l&#8217;\u00c9tat h\u00e9breu que d\u00e9crivent les chapitres 17 et 18 une pr\u00e9monition remarquable de la Massenpsychologie freudienne : amour intense des citoyens les uns pour les autres corr\u00e9latif de la haine de l&#8217;\u00e9tranger, r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&#8217;id\u00e9al divin que le meneur sait utiliser pour donner plus de force \u00e0 son \u0153uvre en assurant sa p\u00e9rennit\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 la perp\u00e9tuation du culte. Ajoutons la r\u00e9f\u00e9rence explicite \u00e0 la paternit\u00e9, corr\u00e9lative de l&#8217;\u00e9lection suppos\u00e9e\u00a0: \u00ab Seuls ils avaient la qualit\u00e9 de fils de Dieu, les autres nations \u00e9tant ennemies de Dieu et leur inspirant la haine la plus violente \u00bb haine qui, note Spinoza, est \u00e9videmment r\u00e9ciproque. Ainsi la politique de Mo\u00efse, enti\u00e8rement construite dans l&#8217;imaginaire de son peuple culmine dans la figure du Dieu-P\u00e8re, Roi de son peuple \u00e0 qui il a dispens\u00e9 une terre sacr\u00e9e pour laquelle il doit se battre jusqu\u2019\u00e0 la mort.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>La question de l\u2019interpr\u00e9tation<\/strong><\/p>\n<p>Je passe maintenant \u00e0 une remarque br\u00e8ve sur l\u2019interpr\u00e9tation.<\/p>\n<p>Il n&#8217;y a d&#8217;autre r\u00e8gle d&#8217;interpr\u00e9tation, dit le chapitre 7, que la lumi\u00e8re naturelle de chacun, pr\u00e9cis\u00e9ment parce que, s&#8217;il y a bien lumi\u00e8re naturelle, elle est commune \u00e0 tous. Et si l\u2019Ecriture est un texte comme les autres, il faut la prendre en son sens manifeste et ne pas lui faire dire autre chose que ce qu\u2019elle dit\u00a0: elle doit \u00eatre cir\u00adconscrite dans la sph\u00e8re de l&#8217;Imagination en excluant toute intervention et toute parole divine. Nous l\u2019avons not\u00e9 plus haut, si tel ou tel passage d\u2019Isa\u00efe, par exemple, doit entrainer notre assentiment, c\u2019est la Raison qui en juge souverainement. D\u2019o\u00f9 la formule que\u00a0 nous nous confirmerons d&#8217;autant plus dans cette acceptation du dogme si la parole de Dieu, telle qu&#8217;elle est pr\u00e9sent\u00e9e par les Pro\u00adph\u00e8tes, s&#8217;accorde avec \u00ab la parole vivante de Dieu comme elle est en nous \u00bb, ce qui n&#8217;est qu&#8217;une fa\u00e7on m\u00e9taphorique de nommer la Raison.<\/p>\n<p>Il y a sans doute un espace de l\u2019interpr\u00e9tation qu\u2019analyse Spinoza au chapitre 7 avec les expressions \u00ab\u00a0Dieu est un feu, Dieu est jaloux\u00a0\u00bb, cens\u00e9es avoir \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9es par Mo\u00efse. La premi\u00e8re expression est absurde\u00a0 et contraire \u00e0 la raison, mais on ne peut lui substituer un sens figur\u00e9 que s\u2019il existe un tel usage dans la langue h\u00e9bra\u00efque\u00a0: si ce n\u2019est pas le cas on doit en rester au sens litt\u00e9ral m\u00eame s\u2019il est absurde. Mais il y en a bien un qui est employ\u00e9 par l\u2019Ecriture et qui signifie col\u00e8re et jalousie, ce qui permet d\u2019identifier la premi\u00e8re expression \u00e0 la seconde. Quand \u00e0 l\u2019expression \u00ab\u00a0Dieu est jaloux\u00a0\u00bb, Mo\u00efse l\u2019enseigne express\u00e9ment et n\u2019enseigne jamais que Dieu est sans passions. C\u2019est \u00e9videmment une id\u00e9e absurde, mais nous devons la laisser comme telle dans le texte de l\u2019Ecriture, soit que Mo\u00efse y ait cru, soit que par ruse politique, il ait voulu terroriser le peuple.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>L\u2019\u00e9lection<\/strong><\/p>\n<p>Un autre point que je voudrais \u00e9voquer \u00e0 propos de Spinoza concerne l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00e9lection dont le d\u00e9but du chapitre 3 fait un proc\u00e8s impitoyable. L\u00e0 encore on doit restituer le contexte de la phrase que vous citez \u00ab\u00a0Nous ne voulons pas nier que Dieu ait prescrit \u00e0 eux seuls ces lois du Pentateuque, qu\u2019\u00e0 eux seulement il ait parl\u00e9 et qu\u2019enfin les H\u00e9breux aient vu tant de choses faites pour \u00e9tonner, comme il n\u2019en arrive \u00e0 aucune autre nation.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Au d\u00e9but du chapitre Spinoza disqualifie d\u2019abord l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00e9lection au plan de l\u2019\u00e9thique et de la vertu\u00a0: \u00ab\u00a0La vraie f\u00e9licit\u00e9 et la b\u00e9atitude ne consistent pour chacun que dans la jouissance du bien et non dans cette gloire d\u2019\u00eatre le seul en jouir, les autres en \u00e9tant exclus\u2026la joie qu\u2019on \u00e9prouve \u00e0 se croire sup\u00e9rieur, si elle n\u2019est pas du tout enfantine, ne peut na\u00eetre que de l\u2019envie et d\u2019un mauvais c\u0153ur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il reprend alors tout une s\u00e9rie de textes du Deut\u00e9ronome, selon lesquels Dieu \u00e0 \u00e9lu les H\u00e9breux entre toutes les nations, qu\u2019il est pr\u00e8s d\u2019eux et non des autres, qu\u2019\u00e0 eux seuls il a prescrit des lois justes, et qu\u2019\u00e0 eux seuls il a donn\u00e9 le privil\u00e8ge de les conna\u00eetre<\/p>\n<p>Mais en fait Dieu se met \u00e0 la port\u00e9e des H\u00e9breux qui, au t\u00e9moignage de Mo\u00efse, ne connaissaient pas la vraie b\u00e9atitude Et il parle un peu plus loin d\u2019enfance d\u2019esprit, dont Mo\u00efse a tenu compte parce qu\u2019il voulait se les attacher \u2013 o\u00f9 pointe son dessein politique. et quelques lignes plus loin il assure que les H\u00e9breux n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 les \u00e9lus de Dieu pour la vie vraie et les hautes sp\u00e9culations.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9lection a donc une vis\u00e9e temporelle et la circoncision, qui en est le signe, peut assurer la p\u00e9rennit\u00e9 du peuple juif, voire rendre possible dans le cours de l\u2019histoire la constitution d\u2019un nouvel Etat. Mais on peut remplacer les Juifs par les Chinois chez qui la natte a jou\u00e9 le m\u00eame r\u00f4le que la circoncision et que, me semble-t-i,l vous passez sous silence. La distinction qu\u2019elle implique n\u2019est donc pas \u00ab\u00a0exceptionnelle\u00a0\u00bb. Et ce que vous proposez en ce point \u00e0 propos de l\u2019\u00e9ternit\u00e9 me semble tout \u00e0 fait arbitraire et contredit manifestement l\u2019intention de Spinoza.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9ternit\u00e9 est d\u00e9termin\u00e9e dans l\u2019Ethique comme existence n\u00e9cessaire\u00a0; elle ne peut se d\u00e9finir par le temps ni avoir aucune relation au temps (Ethique Scolie de V,23). Si elle est jouissance infinie d\u2019exister, elle s\u2019\u00e9prouve bien dans l\u2019immanence, mais sans le changement qu\u2019implique la dur\u00e9e. Elle n\u2019a rien d\u2019une survie, et sa clart\u00e9 absolument \u00e9vidente exclut toute id\u00e9e de secret. On ne peut la r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 la circoncision, signe purement mat\u00e9riel et imaginatif. L\u2019existence \u00e9ternelle \u2013 dans le cours de l\u2019histoire \u2013 n\u2019a rien \u00e0 voir avec le sentiment d\u2019\u00eatre \u00e9ternel et l\u2019amour intellectuel de Dieu, du Dieu-Nature, qui en d\u00e9coule.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>D\u2019autres points<\/strong><\/p>\n<p>Une fois pos\u00e9e l\u2019origine marrane de Spinoza, y a-t-il lieu d\u2019\u00e9voquer un aspect marrane de sa pens\u00e9e et d\u2019interpr\u00e9ter le \u00ab\u00a0caute\u00a0\u00bb dans l\u2019esprit d\u2019une telle filiation. Mais si Spinoza dissimule quelque chose c\u2019est sa philosophie et ce face \u00e0 des autorit\u00e9s, elles m\u00eames peu enclines \u00e0 la r\u00e9pression, mais qui peuvent toujours y \u00eatre forc\u00e9es par l\u2019agitation du parti calviniste, les Juifs ne jouant aucun r\u00f4le dans cette partie. Le v\u00e9ritable pr\u00e9d\u00e9cesseur de Spinoza est Averro\u00e8s et non la tradition marrane, et la technique du double langage qui n\u2019a aucun rapport avec la double v\u00e9rit\u00e9 est fr\u00e9quemment utilis\u00e9e par ce dernier, par exemple dans sa reprise de la th\u00e8se orthodoxe du \u00ab\u00a0Coran incr\u00e9\u00e9\u00a0\u00bb qui ne fait que dissimuler le caract\u00e8re \u00e9ternel de la no\u00e8sis propre \u00e0 un Dieu aristot\u00e9licien. Pour Spinoza la pr\u00e9sentation de Mo\u00efse que nous venons de d\u00e9velopper illustre fort bien un tel proc\u00e9d\u00e9 .<\/p>\n<p>Spinoza consid\u00e8re que sa propre pens\u00e9e rompt totalement avec toute tradition juive et aussi bien sur des points essentiels avec le Christianisme \u2013 je pense \u00e0 ce qu\u2019on pourrait appeler \u00e0 la suite de Lacan le \u00ab\u00a0masochisme\u00a0\u00bb chr\u00e9tien. Le Trait\u00e9 th\u00e9ologico-politique n\u2019est d\u2019ailleurs pas un texte antijuif, c\u2019est un texte radicalement antireligieux si on prend le terme religion en son sens commun et historique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Guerres<\/strong><\/p>\n<p>Parmi les chapitres de sujets tr\u00e8s divers de votre livre j\u2019ai relev\u00e9 celui qui est intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Guerres\u00a0\u00bb, texte talentueux qui comprend une r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 W.Benjamin et une critique de Heidegger commentant H\u00e9raclite.<\/p>\n<p>Benjamin oppose la violence grecque\u00a0celle d\u2019une mort sacrificielle qui fonde une communaut\u00e9 en vue d\u2019une justice \u00e0 venir, \u00e0 la surprise d\u2019une violence messianique juive apparaissant comme force pure non li\u00e9e au droit, qui ne se manifeste pas dans la guerre et reste \u00e9trang\u00e8re au sacrifice et \u00e0 sa repr\u00e9sentation mythique. Pouvoir \u00e9ducateur d\u2019une violence divine r\u00e9volutionnaire sans cruaut\u00e9, qui intervient en faveur des vivants, afin de les lib\u00e9rer du droit et de sa violence.<\/p>\n<p>Benjamin cherche une interruption du th\u00e9ologico-politique, du lien fondamental qui unit souverainet\u00e9 religieuse et pouvoir politique, qui est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qu\u2019identifie Spinoza pour en s\u00e9parer le champ de la v\u00e9rit\u00e9 et du jugement libre fond\u00e9 sur la raison<\/p>\n<p>H\u00e9raclite\u00a0repr\u00e9sente la pens\u00e9e grecque en de\u00e7\u00e0 du th\u00e9ologico-politique et illustrant la sph\u00e8re du grecque du mythique. Et vous contestez l\u2019interpr\u00e9tation heidegg\u00e9rienne qui d\u00e9place pens\u00e9e mythique grecque vers la recherche du Logos de l\u2019Etre<\/p>\n<p>A supposer comme vous le faites que chez H\u00e9raclite le Polemos soit plus originaire que le Logos que l\u2019on doit simplement \u00e9couter dire la v\u00e9rit\u00e9 du Monde, bien des points de votre analyse qui suivent me paraissent soulever beaucoup de questions.<\/p>\n<p>Le Logos primordial est-il bien une surd\u00e9termination juive\u00a0? Est-ce bien l\u2019Evangile johannique qui le premier lui donnerait le statut de principe r\u00e9el\u00a0? Que faites vous alors de la pens\u00e9e sto\u00efcienne, grecque quoique il est vrai aussi \u00ab\u00a0chypriote\u00a0\u00bb pour Z\u00e9non et Chrysippe, et d\u2019ailleurs cr\u00e9ationniste sans ex nihilo\u00a0?<\/p>\n<p>Et ce que vous dites de la guerre juive, du Dieu des arm\u00e9es<\/p>\n<p>qui \u00e9lit son peuple et selon le Psaume 46 \u00ab\u00a0d\u00e9truit et interrompt les guerres\u00a0\u00bb est tr\u00e8s beau, mais vous devez savoir que d\u2019autres textes \u2013 je pense au Livre de Josu\u00e9 \u2013 ne vont pas dans ce sens et sont d\u2019une violence insupportable. Yahv\u00e9 y appelle Josu\u00e9 et ses compagnons \u00e0 massacrer tous les habitants de J\u00e9richo, de A\u00ef, et des autres villes de Canaan. Sans doute les \u00e9v\u00e9nements que d\u00e9crit ce livre, m\u00eame s\u2019ils ne peuvent pas ne pas avoir marqu\u00e9 la conscience religieuse juive, n\u2019ont aucune r\u00e9alit\u00e9 historique aux yeux de la recherche moderne qui a retir\u00e9 en grande partie sa valeur historique \u00e0 l\u2019histoire biblique. Mais on ne peut effacer purement et simplement cet aspect de la guerre juive.<\/p>\n<p>Reste enfin la question de ce qui peut \u00eatre oppos\u00e9 au mythe grec et au fait que, si l\u2019on suit Heidegger, les Grecs ne croyaient pas \u00e0 leur Dieu. Vous soutenez qu\u2019un mythe juif n\u2019existe pas et vous opposez au mythe grec la foi juive en un Dieu au nom impronon\u00e7able, le contenu de l\u2019\u00e9lection n\u2019\u00e9tant pas autre chose que l\u2019alliance avec ce Dieu. Mais si les juifs, comme vous le dites racontent des histoires et non des mythes, ce dont on peut d\u2019ailleurs douter pour le merveilleux texte du Yahviste dans la Gen\u00e8se, il reste \u00e0 poser la question de la signification de ces histoires, de l\u2019Histoire Biblique, qui vont jusqu\u2019\u00e0 l\u2019invention d\u2019un fondateur \u2013 Mo\u00efse n\u2019a sans doute pas plus de r\u00e9alit\u00e9 historique qu\u2019Achille ou Agamemnon \u2013 ainsi que du grand royaume de Salomon dont l\u2019existence avant la division en deux royaumes pouvait justifier que Juda reprenne le flambeau du peuple juif apr\u00e8s la cruelle destruction d\u2019Isra\u00ebl.<\/p>\n<p>Seuls les Grecs ont fait avec Thucydide de l\u2019histoire au sens moderne. Il est vrai que la partie historique de la Torah ne p\u00e8se pas autant pour nous que le Cantique et les Psaumes, le Qoh\u00e9let et Job, les deux Isa\u00efe, ou m\u00eame le roman de Tobie, seul ensemble de textes (d\u2019une originalit\u00e9 absolue car l\u2019\u00e9pisode du D\u00e9luge reste une exception) d\u2019un petit peuple &#8211;\u00a0 d\u00e9j\u00e0 sans Etat \u2013 que l\u2019on puisse opposer dans l\u2019Antiquit\u00e9 en termes de cr\u00e9ation, de beaut\u00e9 et de profondeur \u00e0 la litt\u00e9rature grecque et romaine.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>D\u00e9mocratie<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019insistance avec laquelle vous avez soulign\u00e9 le r\u00f4le central de la d\u00e9mocratie dans la pens\u00e9e de Spinoza rencontre mon plein assentiment. On sait qu\u2019apr\u00e8s avoir li\u00e9 pacte social et ali\u00e9nation totale, Spinoza vide celle-ci de tout contenu effectif. N\u00e9gativement en contestant toute norme id\u00e9ale. Mais surtout positivement en faisant buter le dispositif social sur le non respect de la libert\u00e9 du citoyen\u00a0: libert\u00e9 de jugement bien s\u00fbr inali\u00e9nable \u2013 m\u00eame si elle est menac\u00e9e par la tentative des pouvoirs de s\u2019emparer des opinions des citoyens et de les diriger\u00a0; libert\u00e9 de pens\u00e9e et d\u2019expression des id\u00e9es qui est le th\u00e8me central du Trait\u00e9. Comme vous le dites, la libert\u00e9 inconditionnelle est la condition de la libert\u00e9 d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>Pour cette raison la construction th\u00e9orique propos\u00e9e par Spinoza me para\u00eet plus compl\u00e8te et plus pr\u00e9cise que celle de Rousseau. On peut dire que Spinoza a pleinement pens\u00e9 notre d\u00e9mocratie moderne. Nous sommes ses h\u00e9ritiers plus que d\u2019aucun autre penseur politique.<\/p>\n<p>On con\u00e7oit que la figure du Marrane puisse illustrer cette id\u00e9e de libert\u00e9. Toutes vos formules visent \u00e0 contester la rigidit\u00e9 d\u2019une fixation identitaire\u00a0: Equivocit\u00e9 d\u2019une figure sans figure et ruine de la totalit\u00e9. Errance sans fin. Non absolu.\u00a0N\u00e9cessit\u00e9 du blasph\u00e8me.<\/p>\n<p>Cette figure du Marrane prolonge avec force le caract\u00e8re inconditionnel de la libert\u00e9 politique. Utopie heureuse dans la mesure o\u00f9 elle se distingue de tout pouvoir qui pr\u00e9tendrait l\u2019imposer. Bien s\u00fbr elle risque de buter sur le r\u00e9el des structures subjective ou politique, mais Marc Goldschmit en est certainement conscient. Mais l\u2019utopie qu\u2019elle implique a certainement une valeur r\u00e9gulatrice.<\/p>\n<p>Je suis sensible aussi \u00e0 l\u2019affirmation du caract\u00e8re cosmopolite de cette id\u00e9e, et je comprends ce que vous appelez le devoir d\u2019hospitalit\u00e9\u00a0: il s\u2019impose dans le cadre des \u00e9changes d\u2019id\u00e9ees, et je ne suis pas favorable \u00e0 la censure des textes, m\u00eame tr\u00e8s violents. Mais pour l\u2019inhumain on peut consid\u00e9rer tout de m\u00eame que dans la pratique du politique, l\u2019hospitalit\u00e9 doit c\u00e9der la place au refus et \u00e0 la riposte. Illustration du caract\u00e8re ind\u00e9pla\u00e7able de la figure du Ma\u00eetre, pourvu bien s\u00fbr qu\u2019elle soit symboliquement encadr\u00e9e et que soient mises en place toutes les proc\u00e9dures n\u00e9cessaires de limitation des pouvoirs, comme celles que Spinoza envisage dans le Trait\u00e9 politique. Il reste qu\u2019une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique de citoyens \u00e9clair\u00e9s qui n\u2019aurait plus besoin d\u2019injonctions ext\u00e9rieures, tel que l\u2019envisage le Trait\u00e9 th\u00e9ologico-politique risque de se heurter non seulement \u00e0 la difficult\u00e9 de r\u00e9alisation propre \u00e0 tout id\u00e9al, mais aussi a une limitation d\u2019ordre structurel.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Losey<\/strong><\/p>\n<p>J\u2019ai beaucoup appr\u00e9ci\u00e9 votre dernier chapitre. Je tiens Joseph Losey pour un des rares grands artistes du cin\u00e9ma. Monsieur Klein est un beau film, mai j\u2019aurais \u00e9voqu\u00e9 aussi bien Haines, Big Night, C\u00e9r\u00e9monie secr\u00e8te ou L\u2019assassinat de Trotzky. Le metteur en sc\u00e8ne Losey est incomparable pour ce qui est le noyau m\u00eame de la mise en sc\u00e8ne, la direction des acteurs qui n\u2019a rien \u00e0 voir avec le th\u00e9\u00e2tre &#8211; je pense \u00e0 ses nombreux gros plans de visage sans la moindre parole. Comme vous le dites si bien \u00ab\u00a0ses films ne nous laissent pas indemnes\u2026 ils \u00e9branlent le d\u00e9sir en nous de conclure.\u00a0\u00bb Ils rel\u00e8vent de l\u2019aporie sans r\u00e9ponse. En eux, comme dans toute grande \u0153uvre d\u2019art, la forme inclut la pens\u00e9e, au sens o\u00f9 Kant parle de pens\u00e9e sans concept.<\/p>\n<p>Votre diagnostic sur le cin\u00e9ma contemporain me para\u00eet juste, \u00e0 part quelques rares exceptions, peut-\u00eatre Kechiche. Je n\u2019aurai pas exactement la m\u00eame liste que vous pour les grands du pass\u00e9, mais nous avons en commun Chaplin, John Ford, Lubitsch et Murnau. J\u2019ajouterai pour ma part le dernier Fritz Lang, le meilleur de Raoul Walsh et Eric Rohmer.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00b0\u00a0Ce texte reprend \u00a0les commentaires effectu\u00e9s par Hubert Ricard lorsqu\u2019il participait comme discutant de\u00a0<em>l\u2019Hypoth\u00e8se du Marrane<\/em>, le 6 janvier 2015 \u00e0 la Maison de l\u2019Am\u00e9rique Latine en pr\u00e9sence de l\u2019auteur, Marc Goldschmit.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction La figure du Marrane, de celui qui r\u00e9pond \u00e0 la conversion forc\u00e9e par le maintien secret de sa foi et qui du coup risque sa vie est sans doute [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":1445,"menu_order":5,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"inline_featured_image":false,"footnotes":""},"class_list":["post-476","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/psychanalyse-et-transferts-culturels.com\/es\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/476","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/psychanalyse-et-transferts-culturels.com\/es\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"http:\/\/psychanalyse-et-transferts-culturels.com\/es\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/psychanalyse-et-transferts-culturels.com\/es\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/psychanalyse-et-transferts-culturels.com\/es\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=476"}],"version-history":[{"count":3,"href":"http:\/\/psychanalyse-et-transferts-culturels.com\/es\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/476\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":485,"href":"http:\/\/psychanalyse-et-transferts-culturels.com\/es\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/476\/revisions\/485"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/psychanalyse-et-transferts-culturels.com\/es\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1445"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/psychanalyse-et-transferts-culturels.com\/es\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=476"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}